Ce que disent les inconnus #1

Depuis ma chirurgie il y a un peu plus de quatre mois, je me déplace avec mes fidèles béquilles, que ce soit à l’intérieur de mon appartement ou à l’extérieur quand la distance n’est pas trop longue ; sinon c’est fauteuil roulant.

Et les béquilles, c’est un peu comme un chien ou un enfant, ça donne un prétexte aux inconnus pour t’adresser la parole. Et c’est pas toujours une bonne chose…

Voici un florilège (le premier d’une série ?) de ce que de parfaits étrangers se permettent de me dire lorsqu’ils me rencontrent par hasard dans la rue :

Le classique « bah alors, qu’est-ce que vous avez ? » qui part peut-être, voire probablement, d’un très bon sentiment mais qui m’horripile malgré moi. N’ayant ni attelle, ni plâtre, ni chaussure orthopédique, je n’ai aucun signe d’un mal apparent et cela semble devenir un mystère pour nombre de passants.

Cette phrase leur permet-elle d’assouvir une curiosité que je trouve totalement déplacée ou est-ce une formule de politesse un peu intrusive ? Entre les deux mon coeur balance et pourtant j’ai souvent très envie de mettre un terme à la conversation à peine entamée par un « c’est une maladie » qui, en général, calme les ardeurs des plus bavards qui m’imaginent déjà mourante.

J’ai bien conscience que la plupart du temps, cette interrogation n’est qu’une façon de me montrer un peu d’égard mais je suis soit trop vieux jeu, soit trop timide, soit trop misanthrope mais il faut le dire, ça me saoule. Je ne permettrais jamais, mais jamais, de demander à un inconnu en fauteuil, avec une canne d’aveugle ou un bras amputé ce qu’il s’est passé pour qu’il en soit là dans sa vie. Et même avec quelqu’un que je connais ne serait ce qu’un peu.

A croire que les béquilles, c’est pas pareil, c’est temporaire, ou moins grave, ou moins spectaculaire et donc l’indiscrétion se justifie.

Le « t’en fais pas, j’ai presque la même chose que toi » qui gagne la palme de la phrase qui m’a mise le plus en colère. Prononcée par une supposée voisine (jamais vue auparavant) dans les escaliers de mon immeuble, où je montais les marches difficilement une par une avec mes béquilles.

Au delà du tutoiement que je n’apprécie guère, qu’elle ose se dire, et me dire, en une demie-seconde sans aucun signe clinique extérieur, qu’elle est capable de poser un diagnostic de ce que j’ai, m’a sidéré. J’applaudis des deux mains (sans les béquilles du coup) et je la recommande à tous les algodystrophiés qui ont mis des semaines ou des mois à être reconnu dans leur pathologie.

Alors Madame, je ne vous ai absolument rien répondu sur le moment, j’étais tellement stupéfaite que rien n’est sorti mais voilà ce que j’aurais du vous dire : vous vous êtes peut être foulé la cheville une fois, mais s’il vous plait, gardez vos commentaires désobligeants pour vous et occupez vous de ce qui vous concerne. Au passage, vous marchez sans aucun problème.

Le « bon rétablissement, et surtout prenez votre temps pour la rééducation » sorti totalement de nulle part par un fumeur sur le pas de son immeuble pendant que je gambadais allègrement avec mes béquilles jusqu’à mon rendez-vous médical.

Alors oui, je suis entièrement d’accord, la rééducation est primordiale, mais elle doit toujours être pratiquée sous le seuil de la douleur pour l’algodystrophie. Elle permet de mobiliser le membre atteint et d’éviter les séquelles et dure souvent très longtemps pour ce genre de pathologie. Personnellement, je fais des séances de kiné trois fois par semaine depuis quatre mois et je commence la balnéothérapie cette semaine. Le conseil n’est pas mauvais en soi mais une fois encore : de quoi je me mêle put*** !

Ah et évidemment, j’ai répondu (comme une conne ?) « Merci » et j’ai continué à béquiller vers mon rendez-vous.

L’algo me protège désormais un peu plus du harcèlement de rue (à croire que la moi algodystrophiée est « moins bonne » que la moi d’avant, non je déconne, je pense que c’est parce que je suis beaucoup moins souvent en train de me déplacer dans l’espace public donc statistiquement j’évite plus souvent les relous) mais alors elle me ramène un autre lot de grand n’importe quoi dont je viens d’établir le podium.

Il y aura surement une autre édition de « Ce que disent les inconnus » centré cette fois sur les petites phrases positives ou plus attentionnées. J’attends juste de les entendre !

Presque la trentaine, algodystrophiée de la cheville since 2017.
2 commentaires
  1. Florine, tu écris vraiment bien 🙂 je me reconnais dans tes articles.
    J’ai connu ça avec les béquilles, et je le rencontre bcp moins maintenant que je marche sans (mais au rythme d’une tortue ^^). Et du coup d’autres soucis se présentent à moi : comment justifier -sans béquille- que j’ai besoin de m’assoir dans le métro ? Quand j’ose demander qu’on me laisse la place (et encore, je demande quand ce sont des jeunes!), on me regarde comme si j’étais une extraterrestre. Avec béquille, ou sans béquille, on sent le regard pesant et interrogateur des gens. Je le prends beaucoup plus avec légèreté qu’avant ! Et quand je sens que ça me saoule, je n’hésite pas à leur dire que je suis malade et que : NON je n’abuse pas des places assises du métro, et NON je ne fais pas exprès de marcher comme une mamie.
    Bon courage, j’attends tes prochains articles

    1. Bonjour Charlotte,

      Merci d’abord de ta lecture et encore plus de ce commentaire car c’est tout l’objectif de cet endroit, le partage ! Je suis ravie que tu te reconnaisses dans mes articles !
      Je comprends tout à fait ce que tu ressens dans les transports. Même avec mes béquilles, nombreuses sont les personnes qui ne me voient pas (ou font semblant de ne pas me voir ?). J’avoue que parfois ça ne me dérange pas le moins du monde de rester debout car je me sens capable et j’ai envie d’être « normale » et parfois je ne me gêne pas pour demander une place, notamment aux jeunes personnes. C’est un peu selon l’humeur du jour quoi !
      Mais pour ça, je redoute un peu le moment (enfin je l’espère aussi hein) où je quitterai mes béquilles car déjà quand le handicap est visible ce n’est pas simple mais alors quand il devient invisible… Un tout autre sujet, je te l’accorde, que j’aborderai ici dès que Tic et Tac – mes béquilles – retourneront au placard.

      A très vite ^^

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